Saviez-vous que chaque geste du quotidien — se déplacer, se nourrir, se loger, consommer — génère des émissions de gaz à effet de serre ? C’est ce qu’on appelle l’empreinte carbone. Elle permet de mesurer l’impact environnemental de nos modes de vie, mais aussi de comprendre comment agir concrètement pour le réduire.
Calculer son empreinte carbone, c’est donc bien plus qu’une simple donnée chiffrée : c’est une prise de conscience. En identifiant les postes les plus énergivores de votre quotidien, vous pouvez ajuster vos habitudes, repenser vos priorités et faire des choix plus durables, sans pour autant renoncer à votre confort.
Dans cet article, découvrez ce qu’est réellement l’empreinte carbone, comment la calculer facilement, et surtout, quelles actions simples permettent de la faire baisser au jour le jour.
Empreinte carbone : définition

La notion d’empreinte carbone est souvent mal comprise et a tendance à être confondue avec celle d’empreinte écologique. Pourtant, ces deux notions sont différentes !
L’empreinte écologique est une mesure qui détermine la pression qu’exerce l’Homme sur la nature, souvent représentée comme le nombre de Terres nécessaires pour subvenir à ses besoins. Avec notre mode de vie actuel, nous consommons les ressources d’1,7 planète ! Pas étonnant que le Jour du Dépassement survienne chaque année de plus en plus tôt.
L’empreinte carbone quant à elle sert à évaluer l’impact des activités humaines sur l’environnement. Il s’agit d’un indicateur qui se concentre exclusivement sur la mesure de la quantité de gaz à effet de serre relâchée dans l’atmosphère par une activité de manière directe ou indirecte.
Elle peut s’appliquer à trois types de cas : pour un individu (selon son mode de vie), pour une entreprise (selon ses activités) ou pour un territoire. En ce qui concerne la France, en 2018, elle se situait à la 10e place au classement des pays les moins carbonés des 27 de l’Union Européenne.
Généralement exprimé en dioxyde de carbone équivalent, ou CO2e, l’empreinte carbone ne comprend pas que le CO2, mais tout un ensemble de GES (gaz à effet de serre). Chacun de ces gaz dispose d’un pouvoir de réchauffement global différent. Les principaux GES émis par l’activité humaine sont le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), la vapeur d’eau (H2O), le protoxyde d’azote (N2O) et l’ozone (O3).
L’empreinte carbone individuelle
A l’échelle individuelle, calculer son empreinte carbone permet d’ajuster sa consommation et de faire un geste pour la planète en adoptant par la suite un mode de vie éco-responsable. Le but est d’obtenir une vision globale et chiffrée de son impact sur l’environnement. En se rendant compte des conséquences de son mode de vie, il devient alors plus facile de réfléchir à des actions afin de réduire son empreinte carbone et tendre vers l’objectif de 2 tonnes de CO2 maximum par habitant.
L’empreinte carbone individuelle prend en compte quatre grandes catégories que sont les transports, l’alimentation, le logement et le style de vie – chacune comportant un large spectre de données, calculées sur une année entière.
Ainsi, les transports ne se résument pas qu’aux déplacements quotidiens pour se rendre au travail ou aller faire ses courses (voiture, bus, métro, tramway ou encore vélo), il faut également ajouter ses déplacements plus occasionnels, qui concernent les voyages et les sorties (avion, train, etc).
L’alimentation couvre quant à elle le régime alimentaire, ainsi que toutes les étapes d’un produit atterrissant dans votre cuisine, de leur production à leur consommation, en passant par leur transformation, leur transport et leur distribution.
L’empreinte carbone personnelle comprend également une partie liée à l’habitation. Ainsi, on étudie le type de logement (maison, appartement), sa surface, le nombre d’habitants, les appareils ménagers utilisés, le type d’énergie et de chauffage consommé, ou encore l’isolation.
Enfin, la dernière catégorie concerne le style de vie. Cela passe par les appareils électroniques utilisés, les dépenses en vêtements et en produits d’hygiène ou de beauté, ou encore le recyclage des déchets. Cela prend donc en compte une bonne partie des démarches éco-responsables que vous menez, comme par exemple si vous suivez les bonnes pratiques conseillées dans le petit guide du zéro déchet !
Empreinte carbone : quelques chiffres clés
Les moyens de transport émettant le plus de GES

Les transports constituent les 1ers émetteurs de GES de tous les secteurs, en produisant à eux seuls 30% des émissions de CO2 de la planète. Dans un monde toujours en mouvement, les possibilités de se déplacer n’ont de cesse d’évoluer au fil des années.
Routes et autoroutes, chemins de fer, câbles de tramway, lignes de métro, pistes cyclables, mais également conquête du ciel et des océans, sont autant d’invitations aux trajets qui engendrent des conséquences néfastes, pour la santé comme l’environnement, qu’ils soient courts ou longs, occasionnels ou réguliers.
La voiture
En France, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas l’avion mais la voiture qui constitue le moyen de transport le plus polluant. En effet, les quelques 38 millions de véhicules en circulation sur le territoire émettent à eux seuls plus de GES que tous les autres moyens de transport réunis, sans parler de l’impact généré par leur importation.
Se déplacer en voiture est une habitude bien ancrée dans le quotidien des Français, qui l’utilisent souvent plus que de raison, quand bien même d’autres moyens de transport seraient à leur disposition. Ainsi, des études menées ont estimées que 40% du nombre de trajets journaliers effectués en voiture feraient moins de 3 km ! Ces trajets de courtes distances, effectués le plus souvent en ville, sont deux fois plus polluants que de plus grands trajets, notamment à cause de la surconsommation de carburant quand le moteur est froid et des arrêts et redémarrages fréquents (bouchons, vitesse de circulation abaissée, feux tricolores, passages piétons, …).
Mais il ne s’agit que de la partie émergée de l’iceberg, car de nouveaux problèmes font peu à peu surface. L’un d’entre eux est notamment l’intérêt croissant des usagers pour les SUV (Sport Utility Vehicle). Véritables entraves aux efforts menés dans la lutte contre le réchauffement climatique, ces grosse voitures, plus lourdes et moins aérodynamiques, consomment en moyenne 25% de plus qu’un véhicule classique, et constituent la 2e cause de la hausse des émissions mondiales de CO2 de ces 10 dernières années !
L’avion
Le secteur aéronautique n’est pas non plus en reste en ce qui concerne l’empreinte carbone générée, comme en témoigne le mois de juillet 2019, qui a vu un nouveau record de vol journalier dans le monde être atteint avec 230 409 vols, soit une augmentation de 13% comparée à l’année précédente ! Cette augmentation s’explique en grande partie par les tarifs toujours plus attractifs, entre vols low cost, boom des promotions Internet et baisse des coûts d’exploitation.
De quoi permettre à un plus grand nombre de voyager, au plus loin comme au plus près. Ainsi, les trajets en train se voient boudés au profit des vols intérieurs, alors que ces derniers émettent 70 fois plus de gaz à effet de serre que le TGV ! Depuis 1990, les kilomètres parcourus par les passagers des avions lors de vols intérieurs ont augmenté de 39% !
Mais les passagers ne sont pas les seuls à se déplacer, et ces dernières années (crise sanitaire mise à part), le transport de marchandises par voie aérienne n’a cessé de croître, jusqu’à enregistrer une hausse de 28% d’émissions de CO2 par rapport à 2013, soit une augmentation bien plus importante que pour n’importe quel autre moyen de transport.
Cela donne matière à réfléchir, quand on sait qu’aujourd’hui la grande majorité des biens que nous consommons nous parviennent de l’autre bout du monde, qu’il s’agisse de vêtements, de matériel électronique ou de denrées alimentaires.
Les GES émis par le logement

En France, le logement représente le second poste d’émission de gaz à effet de serre, avec 20% des rejets de CO2 du territoire. Sans parler de la construction, les principaux postes énergétiques émetteurs de GES sont le chauffage, l’électroménager, la production d’eau chaude et la cuisine dans sa globalité, pour une empreinte carbone annuelle estimée à 2,4 tonnes de gaz à effet de serre par personne.
Le chauffage représente entre 59% et 75% des dépenses énergétiques d’un foyer, suivant le type d’énergie utilisée ainsi que sa consommation. L’énergie la plus polluante est le fioul, dont les émissions de GES issues de sa combustion sont de l’ordre de 64 g CO2/kWh. L’électricité se place en troisième position, derrière le gaz naturel et ses 208 g de CO2/kWh. D’après les estimations, le chauffage électrique n’émettrait qu’environ 79 g de CO2/kWh. Cependant, si d’apparence elle apparaît plus écologique, cette énergie est issue du nucléaire, qui génère beaucoup de déchets radioactifs et dont le traitement pose problème.
L’empreinte carbone générée par l’alimentation

L’empreinte carbone générée par l’alimentation représente entre 16% à 24% des GES émis par les ménages français, suivant qu’on prenne en compte uniquement ceux liés à la production agricole ou si l’on ajoute ceux engendrés par le transport et la commercialisation. Si l’on comptabilise tout cet ensemble, alors l’empreinte carbone par Français se chiffre à 1,8 tonnes de CO2e par an. Ainsi, on atteint presque la barre des 2 tonnes annuelles recommandées, uniquement avec l’empreinte carbone de l’alimentation !
La faute aux protéines animales, dont les Français sont si friands. D’ailleurs, notre consommation annuelle de viande se situe autour de 65 kg par personne, un chiffre largement au-dessus de la moyenne mondiale qui est de 43 kg ! La production de viande, et notamment de bœuf, génère beaucoup plus de GES que la production de produits végétaux.
Par exemple, la production d’1 kg de viande de bœuf émet environ 60 kg de CO2e, tandis que la production d’1 kg de tomates n’émet qu’aux alentours de 1,4 kg de CO2e.
L’impact de son mode de vie et du numérique

Vêtements, technologie numérique, communication, démarche éco-responsable, … Notre mode de vie influe énormément sur l’empreinte carbone que nous générons. Souvent mésestimées, nos habitudes de consommation sont entièrement à revoir pour la plupart.
A titre d’exemple, l’achat d’un frigidaire émet 343 kg de CO2, la production d’un téléviseur émet autant qu’un vol jusqu’à Marrakech avant même son utilisation et la recherche Internet annuelle d’un seul individu génère 9,9 kg de CO2 !
S’il est reconnu que la consommation de biens engendre une empreinte carbone élevée, l’impact du numérique a cependant plus de mal à être perçu. Et pourtant, il représente aujourd’hui 3% à 4% des émissions de GES mondiales !
A l’heure des grandes avancées technologiques où l’on change de téléphone portable tous les ans et où les ordinateurs deviennent de plus en plus performants, l’empreinte carbone numérique n’a de cesse d’augmenter, proportionnellement à la demande énergétique mondiale, qui croule sous le poids des requêtes Internet, des milliards d’emails à stocker sur des serveurs, des diffusions de vidéo en streaming ou encore des sauvegardes dans le Cloud.
D’apparences anodines, ces actions exécutées des milliards de fois aux quatre coins de la planète émettent en réalité une grande quantité de CO2, dont la majeure partie est due à la diffusion de vidéos en continu, à cause de la lourde taille de leurs données.
Comment calculer son empreinte carbone personnelle facilement ?
Il existe plusieurs méthodes pour calculer son empreinte carbone, suivant que l’on veuille calculer son empreinte carbone générale ou si l’on souhaite se pencher sur une catégorie en particulier.

Calculer son empreinte carbone globale
La manière la plus simple consiste à se tourner vers un simulateur en ligne, qui se chargera des calculs à votre place afin de vous aider à y voir plus clair. Le simulateur public “Nos Gestes Climat”, développé par l’ADEME (Agence de la transition écologique) et l’ABC (Agence bilan carbone) est gratuit, très complet et facile d’utilisation.
Il vous suffit de répondre à quelques questions concernant vos habitudes de consommation et le simulateur vous soumettra un résultat simple à décrypter, sous forme d’ordre de grandeur. Vous serez ainsi confronté à vos postes de consommation, du plus élevé au moins impactant, ainsi qu’à une donnée chiffrée concernant votre empreinte carbone comparée à la moyenne nationale. Si vous souhaitez aller plus loin, le site se charge également de proposer des solutions adaptées pour vous aider à réduire votre empreinte carbone, basées sur le profil de votre quiz.
Calculer l’empreinte carbone de ses trajets
Si vous souhaitez vous concentrer sur les émissions de carbone de vos trajets, le simulateur public et gratuit “Mon impact transport”, également porté par l’ADEME, vous propose de calculer la quantité de CO2 que vous émettez en fonction de votre distance parcourue et suivant le moyen de transport que vous utilisez.
Fiable et très simple d’utilisation, il prend en compte une multitude de possibilités, de la voiture au vélo, en passant par le tramway, le TGV et même la trottinette électrique ! Il existe également un filtre “covoiturage”, pour que votre résultat colle au plus près de la réalité.
Vous pouvez aussi utiliser le comparateur de transports élaboré par GreenGo. Il vous permet de visualiser le CO2e émis, le temps du trajet et le prix selon plusieurs modes de transport du vélo à l’avion en passant par le train, le bus et la voiture.
Calculer son empreinte carbone numérique
Vous pouvez également calculer votre empreinte carbone numérique facilement grâce à l’association française The Shift Project, qui œuvre pour l’atténuation du changement climatique et la réduction de la dépendance de l’économie aux énergies fossiles. Cette association a développé le “Carbonalyser”, une extension de navigateur qui vous permet de visualiser votre consommation en temps réel, pour le moment uniquement disponible sur Firefox.
En bref
Réduire son empreinte carbone n’est pas une course à la perfection, mais un chemin fait de petits pas. Chaque geste compte, qu’il s’agisse de privilégier les transports doux, de consommer local ou de repenser ses habitudes d’achat.
En prenant le temps de calculer votre empreinte carbone, vous posez déjà la première pierre d’un mode de vie plus conscient et respectueux de la planète. Et si vous partagiez ensuite vos résultats ou vos astuces autour de vous ? Car c’est ensemble, à notre échelle, que nous pouvons faire bouger les lignes.
